Durant la première année de formation, les élèves-directeurs d’hôpital doivent réaliser un stage dit « extérieur » d’une durée de deux mois d’août à octobre. Ce stage peut se faire suivant trois modalités : le stage extérieur en France, le stage extérieur en Europe, le stage à l’international. Une fois effectués ces stages donnent lieu à la rédaction d’un rapport de stage ainsi que d’une soutenance orale devant un jury.

  1. Le stage extérieur en France

Ce stage s’inscrit à part entière dans le cursus de formation. Le stage extérieur est élaboré à l’initiative de l’élève : choix du type de stage, recherche d’un terrain de stage, choix des thèmes d’étude. A ce titre il répond à l’objectif général de personnalisation du cursus de formation. Le stage extérieur en France :

  • offre l’opportunité à l’élève directeur d’observer des pratiques, des organisations pour les comprendre, les analyser, les comparer, les mettre en perspective avec son métier de directeur ;
  • permet à l’élève de mettre en relation, à partir de l’observation des activités auxquelles il collabore pendant le stage, les divers acquis antérieurs avec les pratiques, dans l’action, d’un terrain particulier ;
  • implique l’élève dans la conduite d’un projet, de sa négociation à sa réalisation et à son évaluation ;
  • permet à l’élève une mise en relation éventuelle avec de futurs partenaires du monde de la santé publique ou assimilés.

Les objectifs de ce stage extérieur en France sont les suivants :

  • Découvrir et comprendre des logiques et des stratégies – d’organismes publics ou privés en lien avec le secteur sanitaire et social – ou en dehors du secteur sanitaire et social, dans des « entreprises » des secteurs industriel et commercial ou de services ;
  • Acquérir une vision globale de ses méthodes d’organisation et de gestion ;
  • Analyser des savoir-faire et des pratiques de management, dans des domaines tels que : qualité, gestion des ressources humaines, gestion financière, logistique, communication ;
  • Mettre ces pratiques et ces observations en regard du monde hospitalier, les comprendre, les analyser et les comparer afin de les mettre en perspective avec le métier de directeur d’hôpital.

Retrouvez le témoignage de Jeanne et Charlotte, EDH de la promotion Simone Iff : « Le stage extérieur ? L’occasion de faire un pas de côté par rapport à l’hôpital. »

  1. Le stage extérieur dans un pays européen

Le stage extérieur en Europe revêt les mêmes objectifs que le stage en France avec la possibilité d’être réalisé dans une structure hospitalière du pays d’accueil. La dimension comparative sur fonctionnement du système de santé français avec celui des autres pays européens est donc forte pour ce qui concerne ce stage.

  1. Le stage à l’international

Piloté par la direction des relations internationales de l’EHESP, le stage à l’international est axé sur le développement des compétences en santé publique applicables dans les différents contextes internationaux. Ce stage permet :

  • de savoir analyser les politiques ayant un impact sur la santé ;
  • d’effectuer des analyses comparatives des systèmes de santé ;
  • de contribuer à la recherche en santé publique ;
  • d’identifier et répondre avec intégrité à des questions éthiques dans divers contextes économiques, politiques et culturels ;
  • de travailler en collaboration et partenariat pour faire progresser des pratiques professionnelles.

Avec un volet « recherche » plus prononcé que les deux autres types de stage, il permet d’intégrer des organisations multiples autant publiques que privées.

Lieux de stages extérieurs choisis par la promotion Simone Iff

La diversité des terrains de stage choisis par les élèves directeurs et de leurs projets dans ces organisations témoigne de l’ouverture de la formation dispensée à l’EHESP. Ce stage constitue un moment fort de cette dernière pour les élèves.


Entretien avec deux EDH de la promotion Simone IFF

Durant les deux ans de formation à l’EHESP le stage extérieur est l’occasion de découvrir un autre environnement professionnel que celui de l’hôpital. Si pour de nombreux élèves directeurs il s’agit de d’appréhender le fonctionnement d’acteurs institutionnels avec lesquels les hôpitaux travaillent en étroite collaboration (agences régionales de santé, directions ministérielles, IGAS, chambres régionales des comptes, etc), pour d’autres il s’agit de chercher de l’inspiration dans des lieux de stages qui sortent de l’ordinaire. Regards croisés de deux EDH qui ont fait le choix de sortir des sentiers battus.

Jeanne Davenel est en stage au Centre hospitalier de Compiègne-Noyon. Elle a choisi comme lieu de stage extérieur l’Aéroport de Lyon-Saint Exupéry.

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Charlotte Boyer est en stage aux Hospices civils de Lyon, au sein du Groupement Hospitalier Edouard Herriot. Elle a choisi comme lieu de stage extérieur le restaurant gastronomique « La Coquerie » chez LeCoq Gadby à Rennes.

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Pouvez-vous présenter l’entreprise qui vous accueilli pour ce stage extérieur ?

Jeanne : L’Aéroport de Lyon-Saint Exupéry est une structure d’environ 500 salariés. J’étais rattachée au service « prévention » de l’Aéroport mais je passais la plupart de mon temps à la Direction des opérations. Ce service est chargé du traitement de la programmation et de la gestion en temps réel des vols. Dans cette direction j’ai rencontré différents services : préparation des vols, gestion des installations aéroportuaires, stationnements, gestion des bagages, des passerelles. Mon maitre de stage était le responsable Santé-prévention de l’aéroport.

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Aéroport de Lyon-Saint Exupéry 

Charlotte : Au Coq Gadby il y a une trentaine d’employés dont quatre pour la cuisine, plus un apprenti et un stagiaire. J’étais rattachée directement au chef du restaurant mais j’ai pu travailler en collaboration avec la directrice de l’établissement.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce stage dans ces structures ?

Jeanne : Je souhaitais faire « un pas de côté » par rapport au secteur hospitalier. Mon maitre de stage à Compiègne me l’a conseillé car il estimait que pour être créatif il faut aller voir le fonctionnement d’autres organisations et chercher d’autres sources d’inspiration. Le secteur m’a été suggéré par un enseignant de l’école.

Charlotte : J’avais la volonté d’observer le fonctionnement d’une entreprise privée avant de rentrer définitivement dans le service public, notamment du point de vue managérial. Il est vrai que dans nos organisations hospitalières nous avons des contraintes budgétaires certaines mais malgré tout il y a une vraie attention à l’égard des équipes par rapport à d’autres milieux professionnels. C’est une force qu’il faut entretenir. Par ailleurs le milieu de la gastronomie m’intéresse vraiment à titre personnel.

Quelles étaient vos missions durant ce stage ?  

Jeanne : Je devais réaliser une étude sur les relations entre l’aéroport et les compagnies aériennes sous l’angle du respect de l’impératif de ponctualité. J’ai mené des entretiens qui m’ont permis de rédiger un rapport d’une cinquantaine de pages. C’était une mission qui comportait un volet « recherche » en coordination avec l’enseignant de l’EHESP.

Charlotte : J’avais deux projets. Le premier était de monter un atelier dans un petit centre hospitalier ou dans une unité de soins palliatifs en coordination avec les cadres de santé, les patients et leur famille. Cette mission était très ambitieuse et j’ai finalement davantage travaillé sur une collaboration entre LeCoq Gadby et La ligue contre le cancer 35 dans le cadre de l’opération « Octobre rose ». L’organisation d’un cours de cuisine donné par le chef, dont la cuisine peut avoir un intérêt réel du point de vue de la santé a vivement intéressé le président de la LCC 35 et a vocation à être transposé à l’hôpital sud du CHU de Rennes dans une unité d’oncopédiatrie. Mon deuxième projet était de produire un livret décrivant la cuisine du chef. Pour cela j’ai passé deux mois à travailler en cuisine, en immersion, pour pouvoir décrire sa cuisine comme un tout : des liens avec les producteurs à la composition et la présentation des plats. L’objectif était d’en faire un support de communication. C’était une production très personnelle qui a semble-t-il plutôt convenu au chef et à la directrice. Et au global c’était un stage vraiment physique mais passionnant.

Qu’est-ce qui a vous étonné durant ces deux mois ?

Jeanne : J’ai été étonnée de l’intérêt et de la compréhension que les salariés de l’aéroport ont eu de mon projet, certains souhaitant même venir à l’hôpital pour y comparer les modes d’organisation, notamment les managers. Durant les entretiens ils souhaitaient notamment mieux comprendre le fonctionnement des blocs opératoires et de leur usage par les équipes chirurgicales. En effet, il est aisé de pouvoir faire la comparaison entre le fonctionnement du bloc et une compagnie aérienne qui utilise un créneau horaire et un stationnement à l’aéroport. Ces regards croisés et ces échanges étaient très valorisants.

Charlotte : J’ai tout d’abord été étonnée de l’accueil qui m’a été réservé car la cuisine est au premier abord un milieu plutôt fermé se basant sur les savoir-faire et la reconnaissance des pairs. Par la suite j’ai été marquée par les contraintes de ce milieu : les horaires coupés, l’amplitude horaire importante, les jours de repos en milieu de semaine. Les métiers de la cuisine sont difficiles car ils laissent peu de place à la vie sociale, à l’engagement associatif ou aux temps sportifs quand l’on fait 9h-15h puis 17h-23h. Au final ces contraintes se rapprochent assez des métiers soignants à l’hôpital qui peuvent avoir ces horaires décalés ou coupés.

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Restaurant La Coquerie

Le positionnement était-il similaire à celui que vous avez adopté durant le premier stage ?

Jeanne : Oui. On sait que tu vas devenir directeur. Les gens te classent tout de suite dans cette catégorie quand tu te présentes comme élève « directeur » d’hôpital. Mais rapidement les contacts deviennent faciles.

Charlotte : Le tutoiement s’impose rapidement comme à l’hôpital, sauf avec le chef !

Quels liens avez-vous pu faire avec l’hôpital et quelles leçons en tirez-vous pour ce dernier ?

Jeanne : J’ai pris conscience à l’aéroport du caractère primordial de la ponctualité. Cela fait partie des objectifs prioritaires de l’aéroport : pas une seule minute de retard et une qualité des services aux passagers toujours optimale. L’aéroport de Lyon Saint-Exupéry a mis en place deux outils dont nous pourrions nous inspirer à l’hôpital.

Le premier est le « tracé » de tous les retards. Il s’agit de savoir à qui ou à quoi est imputable la minute de retard : un passager en retard, un tapis-bagage disfonctionnel… Ces retards sont tracés et un bilan régulier est réalisé. Certes, concernant la programmation opératoire, les hôpitaux le font dans le cadre des démarches qualité, mais pas de manière aussi systématisée me semble-t-il.

Le deuxième outil dont je pourrais m’inspirer est l’existence de conventions entre l’aéroport et les compagnies. Par exemple, l’aéroport s’engage à présenter à la compagnie les ressources qui lui sont allouées lors d’un rendez-vous avec le pôle trafic de l’aéroport avant chaque début de saison, afin de s’assurer de l’adéquation avec les besoins de la compagnie. En contrepartie la compagnie s’engage à communiquer ses besoins en matière de ressources nécessaires au traitement optimal de ses opérations au plus tard deux mois avant le lancement de la saison. Ces engagements mutuels, s’ils existent à l’hôpital à travers, par exemple, les chartes de bloc, pourraient être davantage personnalisés en fonction des spécialités ou des chirurgiens sur le modèle aéroportuaire. C’est un outil très bien perçu par les compagnies qui apprécient d’avoir tous les six mois une revue des indicateurs. On peut imaginer que des chirurgiens et des cadres de bloc y porteraient eux aussi de l’intérêt.

Charlotte : Pour ma part j’ai beaucoup appris sur le plan du management. La cuisine est un milieu assez hiérarchique : on parle de « brigade », ce qui est assez militaire. Pendant le service, ce côté militaire est très présent puisque chacun est à son poste. La solidarité au sein de l’équipe pour que les plats sortent dans les temps est essentielle. Cette philosophie de l’entraide dans la cuisine est très formatrice. Je pense d’ailleurs que c’est une ambiance que l’on retrouve dans les services d’urgences ou de réanimation. Cela a pour conséquence une grande proximité entre tous les membres de l’équipe de la cuisine et peut à l’occasion poser des problèmes de positionnement quand le management hiérarchique dans ces moments de rush est nécessaire. De fait, j‘estime que même si le manager est proche de ses équipes il doit savoir garder une certaine distance.

Deuxièmement j’ai appris qu’il était essentiel de communiquer. Lorsque que quelqu’un ne parle pas en cuisine, il est certain que le service va mal se passer. Cette communication permanente au sein de la cuisine, mais aussi avec l’équipe en salle est essentielle. Lorsque l’on est chef de projet on peut avoir tendance à considérer que certaines choses sont acquises quand elles ne sont pas clairement explicitées. Cela peut rapidement générer un malentendu voir un disfonctionnement dans la conduite du projet. En cuisine dès qu’il y a un non-dit, c’est une assiette inutile ou ratée, qui engendre du retard sur le service en salle.

Enfin sur la communication externe, j’ai remarqué que LeCoq Gadby s’est créé une image autour du développement durable, du bien-être et de la santé. C’est leur identité et ça imprègne toute leur communication. Ainsi je pense que les hôpitaux ont encore des marges de progression pour communiquer sur leurs atouts et sur ce que sont leurs spécificités : les valeurs, un outil performant, une spécialité qui se distingue, une politique bio etc. LeCoq Gadby est une maison rennaise qui a un siècle et elle a su prendre un tournant pour se renouveler. Pour les hôpitaux à mon sens cela ne suffit pas d’être l’hôpital de référence du territoire : il faut pouvoir se distinguer.

Jeanne : Pour ma part sur le plan du management j’ai retenu le concept de « management visuel ». Les passagers pouvaient appuyer sur des boutons avec des visages souriant, neutre ou mécontent, sur plusieurs points de l’aéroport. Plusieurs bornes sont disposées sur différents points de l’aéroport, au poste d’inspection-filtrage par exemple, et les passagers peuvent appuyer sur le bouton correspondant à leur satisfaction. Ces résultats sont retransmis en direct aux professionnels de la gestion des ressources en temps réel disposant d’un centre de commandement des opérations (une salle avec des grands écrans partout !). Un écran synthétise ainsi les résultats par terminaux.

Dans le management visuel il y avait aussi l’idée d’utiliser un grand tableau Velléda pour faire les transmissions dans la salle de réunion, ce qui semble plus efficace que les petits papiers que l’on peut parfois trouver dans certains services à l’hôpital pour les transmissions. Plus globalement c’est l’idée que l’information circule sans limite dans l’organisation pour que tout le monde ait un dénominateur commun de partage.

Charlotte : En lien avec le management, en cuisine tout le monde est très polyvalent et chacun peut prendre le poste d’un autre. Tous les cuisiniers ont fait de la pâtisserie, les viandes, la garniture à un moment dans leur formation. A l’hôpital les métiers restent très segmentés, l’entraide sur un dossier dans les services administratifs reste souvent vue comme une intrusion dans un pré-carré. Je pense que j’essaierai de développer cette dynamique de polyvalence et d’entraide auprès de mes proches collaborateurs.

Que pensez-vous plus globalement de la possibilité de réaliser un tel stage dans la formation des EDH ?

Jeanne : J’ai pu développer une démarche de recherche en lien avec l’école. C’est un fil rouge que l’on peut avoir durant sa formation à l’EHESP.

Charlotte : Je ne remercierai jamais assez l’école de m’avoir permis de réaliser un tel stage. Je n’ai pas compté mes heures en cuisine : c’était juste « génial » ! C’est la preuve que l’école est ouverte et laisse la possibilité à des propositions qui ne soient pas toujours « hospitalo-centrées ».

Jeanne : Après la difficulté reste de trouver ces stages un peu « hors du commun ». Mais avec de la volonté c’est possible. C’est un espace de liberté précieux.

Un mot pour résumer cette expérience ?

Jeanne : Ne pas être le nez dans le guidon. Savoir faire des pas de côté régulièrement.

Charlotte : Aller sur le terrain. Etre au contact des équipes.

Entretien réalisé par Clément TRIBALLEAU